C’est que votre enfant a été flétri avant qu’il sût même ce que c’était que le vice.
Cette observation expliquera les désordres monstrueux que je vais dire, et dont la monstruosité échappe à l’enfant.
Oui, le corps est défloré avant que l’esprit sache, et l’intelligence est viciée avant de s’être développée. On répète souvent que le niveau du sens moral a baissé en France. J’attribue ce fait — exact — à la dépravation précoce de l’individu au collége.
Ceci se passe dans la cour des petits. Le surveillant cause avec des élèves. Sur un banc, loin de ses regards, deux enfants sont assis. Ce sont des créoles : ils sont âgés d’environ treize ans et fort arriérés dans leurs études. Autour d’eux s’est formé un cercle d’enfants de neuf ou dix ans. Que contemplent si curieusement ces enfants ?
Je ne saurais vous le décrire ; c’est la scène du Maure dans les Confessions, moins la résistance de Jean-Jacques. Le philosophe a donné à cette scène une physionomie hideuse. La raison de l’homme se révoltait à ces souvenirs de son enfance. Ici, en analyste exact, je dois dire que les spectateurs étaient charmés de ce qu’ils voyaient : leur curiosité malsaine se satisfaisait. C’était d’ailleurs une première leçon ; et les contorsions de l’onaniaque, ses cris, son rire spasmodique, imprimaient dans ces jeunes cervelles un souvenir ineffaçable, en même temps qu’un désir vague, irréalisable encore.
L’initiateur menaçait les enfants de leur « f… une pile s’ils avaient le malheur de cafarder ». Et le soir, au dortoir, il employait à la même opération l’un de ces curieux, — un bambin de dix ans.
— « Et le pion ? »
Lecteur,
1o Il est impossible que le pion voie tout ce qui se passe ;