2o Il ne rencontre aucune excitation sensuelle : au contraire.
Au collége :
1o L’enfant ne peut pas être surveillé ;
2o Il est à toute heure du jour circonvenu par les sollicitations du vice.
Quelle femme est donc votre femme et quelle fille votre fille, si, dans la société constante de sa mère et de sa sœur, cet enfant entend le cri des sens et fait son apprentissage de la débauche ?
Je suppose néanmoins que, vers l’âge de quatorze ans, le tempérament et les lectures brûlantes aidant, votre fils apprenne un jour la masturbation. Eh bien ! c’est à vous, père de famille, à saisir dans la démarche embarrassée, dans le regard hésitant, dans les traits pâlis de l’adolescent, les premières traces du mal. Vraiment, je ne vais pas vous dire comment vous reconnaîtrez cela : les symptômes sont connus de tout le monde, et ils sont si frappants à l’origine, qu’il est impossible que vous ne les aperceviez point. Quant aux correctifs, quant aux dérivatifs, ils sont nombreux, et c’est seulement dans la famille qu’ils peuvent être appliqués avec succès. Je vous renvoie aux livres qui traitent de la matière, et en particulier à celui du docteur Deslandes. Votre fils se guérira si vous le voulez ; car, au lieu de trouver les encouragements du collége, il rencontrera le blâme de parents qu’il aime et dont il ambitionne l’estime.
Cette influence moralisatrice de la famille se fait sentir, dans une certaine mesure, au collége même. Ainsi, l’enfant qui succombe le plus vite et le plus sûrement est celui que des parents (indignes de ce titre) font sortir deux fois l’année : aux grandes vacances et à Paques. Celui-là a dû organiser toute sa vie entre les quatre murs du collége : ses besoins d’affection, il les a reportés sur certains de ses camarades parmi lesquels, hélas ! se trouve toujours ce que l’autorité appelle des complices. Le vice lui a été inoculé avant qu’il sût ce que c’était, et il marche droit à l’idiotisme sans s’en douter. A peine entré dans la geôle, il a appris ; maintenant il enseigne. Son système nerveux était d’abord surexcité, et il souffrait ; aujourd’hui (il a quatorze ans), la sensation est émoussée. Il est l’élève le plus paresseux de sa classe, et cela naturellement : il ne peut pas travailler. La mémoire, cette faculté principale à l’École, la mémoire est complétement détruite.
Faisons l’inventaire de la vie de ce malheureux :
Il a pris des habitudes et des manies de vieux garçon. Toutes ses démarches de la journée sont réglées. Dans son pupitre, il a une lampe à esprit de vin faite d’un encrier de buis ; un cordon de soulier sert de mèche. Il fait, le matin, du chocolat à l’eau : une palissade de livres dissimule au pion la lumière. Cette boîte en carton, percée de plusieurs trous, contient des feuilles d’acacias sur lesquelles se prélasse un hanneton ou un ver à soie. Dans une autre prison, formée d’un bouchon évidé et grillée d’épingles, des mouches volètent. Tous ces menus travaux occupent constamment l’esprit du potache : il taille dans une règle des petits bateaux, des figurines dans un marron d’Inde ; comme Pellisson, il apprivoise des araignées. D’ailleurs, il n’est pas malheureux plus que l’oiseau né en cage ; il n’a jamais connu une autre vie que celle-là, et la joie des camarades qui sortent le dimanche, ne lui fait aucune envie.