J’ai remarqué que les maîtres-d’études se liaient volontiers avec ce prisonnier, car ce n’est pas un enfant : le vice et la routine l’ont vieilli. Ce ne sera point un homme, et il est certain, pour moi, qu’il ne sortira point du collége. S’il a un bon numéro à la loterie du baccalauréat, il demeurera dans l’établissement en qualité de maître-d’études.

Internat, internement ; soit : le Code emploie un autre vocable, il prévoit et punit la séquestration.

De bonne foi, et laissant de côté les arguties des jurisconsultes, en morale, en raison, n’est-ce pas là un fait de séquestration ?

Ce fait, cependant, est loin d’être isolé. Dans chaque cour, on compte environ dix jeunes gens qui sont ainsi retirés du monde et de l’air libre, confinés dans le vice et l’abêtissement. J’en ai connu un qui était absolument idiot. Il faisait la joie des pions et des élèves. C’était un mulâtre de la Martinique, et le professeur, en ouvrant la classe, ne manquait jamais de lui lancer cette plaisanterie :

— « Otez donc vos gants, Monsieur X… (on rit). Ah ! pardon, vous étiez dans l’ombre… »


« La nature des fréquentations d’un jeune sujet, dit le docteur Deslandes, peut éveiller des soupçons, car la masturbation se donne. » Voilà pourquoi, Monsieur, je vous conseille de ne mettre votre fils au collége qu’en qualité d’externe. Pendant que vous êtes à vos affaires, il va en classe, et le reste du temps vous vivez avec lui. Vous éloignez de lui les spectacles obscènes, les excitations des sens : à ce titre, vous devez à tout prix garder votre enfant chez vous.

Car, interne, ces spectacles l’assiégeraient partout : au dortoir, aux récréations, à l’étude. La classe seule fait exception. D’ailleurs, en classe, l’externe n’est point placé près des internes.

L’autorité a imaginé d’arracher ceux-ci à la société pernicieuse de jeunes gens qui vivent au grand air ; et moi, je vous félicite de ce que votre fils est tenu éloigné des jeunes gens qui vivent en troupeau.