Je ne puis pas entrer dans les détails de cette prostitution enfantine. Je ne cesserai de le répéter : ce qu’il y a de plus pitoyable, c’est l’innocence de ces êtres flétris, c’est l’ignorance où ils sont de la monstruosité de leurs actes. Le monstre, c’est la luxure, c’est l’oisiveté de la geôle. Le vice, en cet endroit, est quelque chose de fatal, à quoi on peut à peine se soustraire, et le mal s’empare aisément d’êtres qui n’ont point encore la conscience du mal.
Si je signale des choses énormes, je ne signale que des choses vraies, et si je relève des faits exceptionnels, c’est pour montrer les conséquences extrêmes de l’état de choses créé par l’internat.
J’ai vu des enfants de douze ans se prostituer, c’est-à-dire offrir leurs affreux services à des grands pour des gâteaux, pour de l’argent.
Voici un fait plus fréquent : le grand fait les devoirs du petit et touche sa récompense en plaisirs unisexuels.
Mutua duorum discipulorum, laniatis vestibus, manustupratio quasi quotidie deprehendi posset[2].
[2] Dans un lycée de Paris, on a imaginé de supprimer les poches. Les enfants ouvrent la couture, en ayant soin de conserver le liseré rouge.
Un grand donne rendez-vous à un petit, soit le dimanche quand on réunit les quartiers, soit tous les jours aux lieux, soit même au dortoir. Mais cet arrangement est le plus rare, étant le plus périlleux.
Un de ces malheureux allait voir son complice chez ses parents, le dimanche. Un autre ne dissimulait pas qu’il avait gâté sa sœur. Le vice ainsi déborde au dehors.
Assez, n’est-ce pas ? Eh bien, je ne prononce plus qu’un mot. Ce qui se passe actuellement dans la plupart des colléges entre enfants de neuf à quatorze ans, est de la pure promiscuité. Si donc, sachant cela parfaitement, vous persistez à faire de votre fils un potache, vous avez neuf chances sur dix de commettre un infanticide moral.