A Paris, les classes de troisième, de seconde, de rhétorique sont en général composées de deux divisions, comprenant ensemble de soixante à quatre-vingts élèves, un professeur par division.

Nous voici dans une salle contenant trente-cinq élèves : croyez-vous que ces trente-cinq jeunes gens occupent tous à un certain degré l’attention du professeur ? — Non, n’est-ce pas, cela est impossible. Or, sans chercher le possible, voici ce qui est.

Dix ou douze devoirs sont lus et critiqués ; dix ou douze élèves, les plus forts, entendent la parole du maître depuis le 1er octobre jusqu’au 1er août, et en font leur profit. Ces douze jeunes gens sont destinés à entretenir la bonne réputation du lycée, et à remporter des prix au concours général : ils sont la raison d’être de l’établissement ; — le reste est le bétail en exploitation.

Si l’on m’accuse d’exagération, je rappellerai que les proviseurs sont en correspondance avec les directeurs des colléges de province, qu’ils recrutent chaque année et font venir à Paris les sujets les plus précieux de ces maisons. Ces élèves sont-ils pauvres ? Ils payent en nominations au concours, — monnaie inestimable qui vaudra au proviseur un rectorat, et au lycée un surcroît d’arrivants pour la rentrée des classes.

La conséquence de cet état de choses n’a pas été souvent notée. On voit ce qu’est la classe : dix élèves travaillent, le reste dort les yeux ouverts, les bras croisés, n’osant s’occuper autrement, par respect pour le professeur. Mais à l’étude ce n’est plus cela.

La première préoccupation de l’écolier est de faire sa copie : sur les dix ou douze forts, six au moins sont des externes. Dans toutes les classes, j’ai trouvé cette proportion. Eh bien, les cinq internes font chacun leur devoir, mais ils le font pour toute l’étude. Les textes étant donnés deux ou trois jours d’avance, afin de faciliter les recherches historiques ou autres, la version, le thème, le discours même sont communiqués, et vingt-cinq élèves sur trente-cinq livrent une copie calquée avec plus ou moins de précaution et d’habileté.

Au risque de vous surprendre, j’ajouterai que le professeur n’ignore point et ne peut point ignorer ce qui se passe. Il y a vingt-cinq copies qu’il ne lit presque jamais, et qu’il sait être démarquées sur les dix autres. C’est là une coutume ancienne, et qui a pris pour ainsi dire force de loi dans les hautes classes. Dès l’âge de seize ans, le collégien n’a plus qu’une préoccupation toute personnelle, et plus étrangère qu’on ne croit à ses études : l’examen du baccalauréat.

Mais, direz-vous, si ces vingt-cinq élèves ne font pas de devoirs eux-mêmes, à quoi passent-ils le temps au quartier ?

A lire tout autre chose que leurs livres classiques et à rêver en attendant qu’ils puissent agir.