— « Puisque tu l’aimes tant, que ne fais-tu sa connaissance ? Ce n’est pas difficile.
— « Oh ! jamais il ne m’aimera. Je suis si ridicule, comme vous dites.
— « Parions que je te l’amène !
— « Non, tu le blesseras… non ! Qu’est-ce qu’il fait ? »
X… était parti : il aborde Mignon, le saisit soudainement à bras-le-corps, l’emporte comme il eût fait d’un enfant, et, tout essoufflé, il dépose sa dépouille opime qui gigotait, criait, et riait, sur le sein agité d’Horace.
Celui-ci ne pouvait plus se relever ; s’adressant à Mignon :
— « Je vous demande bien pardon de la brutalité de X… C’est un animal !
— « Eh ! Horace brûle du désir de te connaître. Voilà un homme, mon petit, qui est fou de toi, et je te prédis que tu feras de lui tout ce que tu voudras. »
Mignon s’était remis debout. Piqué dans sa vanité, et blêmissant de colère, il réparait le désordre que la présentation avait causé dans sa toilette. D’ailleurs, loin de se fâcher contre Horace, qui s’était assis, il prit place à côté de lui. Au fond, peut-être ce rapt le flattait-il un peu, n’eût été le ridicule. La conversation s’engagea, et, X… les ayant laissés, Horace fit ample connaissance. La récréation finie, il jurait de n’aimer au monde que Mignon, et, heureux ou non, prenait les dieux à témoin, à la manière classique, de l’éternité de son amour.