J’ai observé au collége des sentiments moins mélangés encore que ceux d’Horace, des amours où le vice n’avait point sa part. J’ai même noté un cas fort rare. Le voici :

Henri C… est jeté au collége à l’âge de huit ans par une marâtre. Jusqu’à l’âge de treize ans, il a été souvent spectateur involontaire des plus tristes désordres, mais la contagion l’a épargné. Il n’avait pas quatorze ans lorsqu’il devint le complice d’un grand et fit son apprentissage de l’infamie.

Henri C… était d’un naturel aimant. Orphelin, il avait dû réunir toutes ses affections sur une vieille tante qui lui tenait lieu de correspondant, et sur ses camarades. A peine connut-il l’onanisme que son caractère changea rapidement : il devint paresseux, sa santé s’altéra. D’ailleurs, il ne dissimulait point. Il lui arrivait de pleurer lorsque sa tante l’interrogeait avec effroi ; il se jurait à lui-même de se corriger et n’y parvenait point. Cependant certaine appellation lui était odieuse, et qui la lui appliquait n’en était pas quitte à bon marché.

En revenant des vacances, l’enfant se portait mieux : deux mois de vie au grand air sont un précieux dérivatif. Il avait oublié la caserne et ses mœurs : il n’était point guéri, mais il s’en fallait peu. Il se lie avec un nouveau, plus jeune que lui de dix-huit mois, qui arrivait, tout interdit, de sa province. Cette amitié devient rapidement de l’amour.

Les deux enfants ne se quittaient plus. Charles D… était fort arriéré, il donnait ses devoirs à corriger à Henri. Les jeudis et dimanches, on travaillait ensemble.

Sans doute ils causaient, comme cela se fait, des scandales de la veille, mais ils demeuraient chastes : l’idée de se livrer ensemble à des plaisirs honteux ne s’était pas présentée à leur esprit.

— Mais, me direz-vous, alors c’était de la pure amitié ?

— Non point, lecteur ; c’était bel et bien de l’amour, car Charles était un joli enfant, doué du caractère le plus affable, le plus bienveillant. Il était sous la protection immédiate de Henri, dont il absorbait la pensée et la vie.

Savez-vous quel prodige fit cet amour ? — Henri désapprit tout à fait l’onanisme. Lorsque, dans un rêve érotique, il lui arrivait de hâter le spasme, le lendemain il était morne et soucieux. Il se mettait au travail avec une sorte de fureur. Confiait-il ces choses à Charles ? Je ne le crois point. Car vraiment c’eût été une expérience périlleuse.