Le refrain persiste : S’il avait un cœur ! Il se referait une virginité sans doute.
Horace est imbibé de phrases de roman : tout cela découle pour peu qu’on le presse ; c’est une écritoire intarissable, c’est un flot poétique qui roule un fond de gravelures. Il lui est arrivé d’abuser le plus étrangement du monde de ce mot : cœur.
C’était un jeudi soir à l’étude : il se trouvait entre Mignon et Q…, un lapin, grâce aux soins de L… que ces intrigues réjouissaient. Horace lui fit passer ce billet :
Est-ce que tu aurais l’intention, par cette invention, de nous exciter et de nous familiariser avec les endroits sensibles ? Tu sais qu’un feu brûlant coule dans mes veines et que mon jeune voisin n’est pas moins ardent. N’allume donc pas en nous un incendie qui par sa force pourrait nous être funeste. Entre les deux mon cœur ne balancerait bientôt plus ; car mon charmant voisin de droite sait aimer ; IL A DU CŒUR.
Voilà l’aveu ; voilà le mot qui illumine toutes les lettres précédentes et détermine, caractérise les amours de collége.
Je crois avoir montré suffisamment par tous ces extraits quelle est la marche de la corruption ; comment l’intelligence devient la dupe, souvent complaisante, des sens, et quelle dépravation morale résulte de ces passions ambiguës. Le jeune homme prétend toujours viser au bien ; il se félicite d’aimer, se glorifie de ces premières expansions, et il mêle si bien, si longtemps les mots amour, vertu, cœur, honneur, que les idées elles-mêmes se fondent et se confondent : la fange reflète encore les splendeurs de l’idéal.
— « Il n’est qu’un bonheur au monde, dit un personnage d’un roman de George Sand : c’est l’amour, et il faut l’accepter par vertu. »
Cette philosophie-là est celle de notre Horace ; elle court les colléges : seulement là, faute de femmes, la communion a lieu entre êtres du même sexe.
Précédemment, j’ai nommé Platon. Le poëte a donné la théorie et la loi de cette prostitution juvénile. Diotime, la prophétesse de Mantinée, s’exprime en ces termes dans le Banquet :