Beaucoup de pères sont pénétrés, à l’égard de leurs enfants, d’un préjugé que l’égoïsme souvent inspire. Il ne faut point, disent-ils, que mon fils vive sous les jupons de sa mère ; ici, il s’amollirait. Mettons-le au collége ; son caractère se formera ; il apprendra à vivre.
Avez-vous donc peur, Monsieur, qu’il ne l’apprenne trop tard ?
Oui, c’est vrai : il apprendra à vivre, mais comment ?
Je vais vous le dire.
Henri a été présenté au proviseur : sa mère a déclaré qu’il était très intelligent, et le proviseur a souri avec indulgence.
— « Venez, mon ami, je vais vous conduire à vos petits camarades. » Car on était en récréation.
Un nouveau ! Les petits camarades passent et repassent, montrent du doigt l’arrivant ; ils rient de sa gaucherie. Mais, comme Henri vient de recevoir de sa mère une montre en or avec la chaîne, les écoliers lui témoignent encore quelque respect. La vue de l’or produit cet effet sur ces petits bourgeois du dix-neuvième siècle ; j’en parle d’expérience.
Cependant un blondin d’environ dix ans s’approche :