— « Comment t’appelles-tu ?
— « Henri.
— « Ce n’est pas un nom, ça. Est-il bête ! — Ton nom de famille ? »
Et comme les enfants se groupent autour de lui, Henri, sur qui tous ces regards malins se fixent, rougit, balbutie une syllabe sourde, et finit par fondre en larmes.
Je ne crois pas qu’il y ait quelque chose de plus terrible que ce premier moment où l’homme se trouve seul, en présence de l’humanité. Il est envolé du nid maternel ; une effroyable impression d’isolement l’envahit ; il appelle : Maman ! maman ! sa première providence.
A ses larmes répond le rire méchant du prochain. Ses joujoux, ses livres, ses images, tout son petit monde va être exploré, fouillé, bafoué. Où trouver un protecteur ? qui aimer ? à qui obéir ?
La cloche sonne : on se rend à l’étude. Le voici sous les yeux du maître, entre deux bambins qui essuient leurs plumes sur son habit, et lui donnent des coups de pied sous la table. Quant à lui, il tâche de s’absorber dans son devoir.
Le devoir de l’enfant, jusqu’à l’âge de douze ans, est de jouer. L’hygiène, autant que la raison, l’exige. Ces petits membres frêles ont besoin de mouvement, mais d’un mouvement continuel : c’est la condition de l’appétit, du sommeil ; c’est à ce prix que le cerveau se développera, et deviendra apte à recueillir et garder les impressions extérieures.
— « Il ne se tient pas en place ! Il est distrait ! »