Dans le début, Henri passait trois jours de la semaine à penser au dimanche précédent, et les trois autres jours à compter les heures qui le séparent du dimanche prochain. Rassurez-vous, cette anxiété se passe : l’acclimatement peu à peu se fait, le cœur s’endurcit. Dans deux mois, les caresses d’une mère ne lui seront plus nécessaires.
Oui, un abîme insensiblement s’est creusé dans ce cœur d’enfant ; et savez-vous ce qui va le remplir ? — Le vice.
Pour ce petit être l’enfance est finie. Plus de tapage, plus de mouvement ; en même temps que le corps est opprimé, l’esprit est surmené ; — et, à l’heure même où on le force d’abandonner ses jeux, on lui fait prendre le dégoût des exercices intellectuels.
Appelez ce chétif collégien du nom qu’il vous plaira, ce n’est plus un enfant. Enrégimenté, bridé, il a perdu la libre allure et l’expansion des premières années ; il porte un joug d’abêtissement dont le poids se fera sentir de plus en plus lourdement avec l’âge.
La maman, au parloir, s’écrie en le voyant :
— « Ah ! le joli petit soldat ! que ce liseré rouge lui sied bien ! »,
Il fallait garder ce liseré-là pour votre poupée, mademoiselle !
L’enfant, lorsqu’il quitte le foyer affectueux de la famille, trouve en échange les élèves et le maître-d’études. Est-ce à ce dernier qu’il aura recours contre les influences pernicieuses ? Le maître-d’études remplace-t-il, dans une mesure si minime qu’elle soit, les parents ? Quelles sont les relations du maître-d’études et de l’élève ? Quels exemples celui-ci reçoit-il de celui-là ?