—Mourir peut-être!

Elle tomba sur ses genoux en poussant des cris déchirants.

—Prends garde, lui dis-je, tu vas donner l'éveil à Kreira la sorcière.

—Ah! qu'elle me voie et qu'elle le dise! Puisque tu pars, je veux partir… et si tu meurs, je mourrai avec toi.

Le beau Kabyle essuya une larme qui brillait entre ses cils noirs.

—J'eus beaucoup de peine, reprit-il, à la dissuader; mais ce grand amour qu'elle faisait éclater pour moi allumait dans mon coeur une flamme d'enthousiasme. Je me sentais invincible; je le lui dis. Non, je ne mourrai pas, m'écriai-je; je te reviendrai victorieux, chargé des dépouilles de nos ennemis: car, après les avoir vaincus, nous les poursuivrons jusqu'à Alger, jusqu'à la mer; toutes leurs richesses deviendront les nôtres, et si le vieux Salem exige alors deux cents douros au lieu de cent, je les lui donnerai.

Ses yeux rayonnaient. Elle voulut traverser la haie et ne fit que se blesser cruellement aux épines. Moi, prenant mon élan, je franchis la haie d'un bond et tombai dans ses bras. A ce moment, la vieille Kreira nous montra, à une thikouathin [Petite fenêtre.], son nez et ses yeux de chouette.

C'est bien, glapit la sorcière, le vieux Salem le saura, et toi, tu seras condamné à l'amende.

Nous échangeâmes le dernier baiser. La haie de nouveau franchie, je pris ma course dans la direction de Thirourda et de Soummeur. L'impatience me dévorait. J'eusse voulu tout de suite engager le combat. J'allai donc de toute la vitesse de mes jambes au-devant de ma mère. Ne rapportait-elle pas la réponse de Lalla Fathma, l'infaillible prophétesse?

De si loin que je l'aperçus dans la montagne, je sus que l'heure était arrivée. Elle venait à pas rapides, le regard fixe, le visage sévère. Aux deux coins de sa bouche, il y avait quelque chose qui semblait délier un invisible ennemi. Je m'élançai vers elle, l'interrogeant des yeux: