Choua! choua! [Doucement! doucement!] nous crie le cavalier. De la prudence, ne nous écartons pas du gué. Il y a des endroits où l'eau tourbillonne: ce sont autant de trous creusés par les djenouns de l'Oued-Sahel, où ils se divertissent à noyer les voyageurs. Enfin, nous voici sur l'autre bord. Mais l'obscurité nous enveloppe, et notre isolement nous met une vague angoisse au coeur. Nos muletiers n'ont pu nous suivre, ils sont loin, très-loin en arrière. Le cavalier est seul avec nous. A-t-il du moins son bon fusil pour nous défendre?

—Et votre revolver, Caporal? dit madame Elvire d'un air railleur.

—Il est au fond de ma malle.

—Ah!

—Désirez-vous que je l'en retire?

—Mais votre malle est à une lieue d'ici, sur le dos du mulet aux bagages.

—C'est vrai; je n'y songeais pas.

—A quoi songez-vous donc?

—A vos souffrances, madame.

—Bah! on s'habitue à tout, même à une selle kabyle.