—Je vous admire, et…
Un bruit formidable s'élève du fond de la vallée, comme l'écho d'un tonnerre lointain. Nos mulets tressaillent, la mule du Général dresse les oreilles.
—Sidi-Yzem! dit le cavalier en étendant la main dans la direction de la forêt d'Anif. Alors, parmi nous un grand silence se fait. Nous n'entendons plus rien que le bruit du coeur dans la poitrine. Les mulets ont les jambes de la mule, et la mule a des ailes. De grands nuages noirs pareils à des démons, escaladant le ciel, nous dérobent les étoiles, si chères au voyageur nocturne. Sommes-nous sur le chemin de l'enfer? On le croirait, tant les ténèbres sont profondes. Tout à coup, deux lueurs rouges phosphorescentes, deux charbons incandescents brillent devant nous et s'éteignent. Sont-ce les yeux de Lucifer? Une sueur glacée perle sur nos fronts. Le danger passé:
—C'est un chacal qui a peur, dit madame Elvire.
—Ou une hyène qui fuit, ajouté-je.
Cette course échevelée dure une heure environ, puis nos bêtes d'elles-mêmes ralentissent leur allure. Nous approchons du bordj des Beni-Mansour. Allah soit loué! nous en franchissons la porte. Un rire éclate; mais dans ce rire, il y a des sanglots.
—Jamais, dit le Général, je ne pourrai descendre de ma mule!
Le Conscrit lui tend ses bras. Madame Elvire s'y laisse tomber; elle ne peut se tenir sur ses jambes. Alors, sans pitié pour elle-même, elle brave la douleur qui lui arrache des larmes. Son mari offre de la porter.
—Je marcherai!
—Mais pourquoi?