—Madame, c'est une femme mariée et déjà mère.
—Tu la connais?
—Non, mais le bijou qu'elle porte au front dit qu'elle a mis au monde un garçon.
C'était le glorieux tavezimth tant désiré des jeunes épousées: grand anneau d'argent ouvragé et orné de corail qu'elles étalent avec orgueil sur leur front le jour où elles donnent naissance à un fils; si c'est une fille, elles le placent modestement sur leur poitrine, entre les seins.
—Quel âge as-tu? demanda le cavalier à la belle Kabyle.
—Quatorze ans.
—Mais à quel âge, Maâkara, mariez-vous donc vos filles?
—A quinze ans, à douze, à dix ou même à neuf ans, dès qu'elles deviennent nubiles. Parfois, le marché se conclut quand la petite tette encore; et jusqu'au jour où le mari la prend dans sa maison, elle est déjà comme sa femme.
—Et qu'est-ce que vaut une femme en Kabylie?
—Le prix varie, Madame, depuis soixante jusqu'à cinq cents ou mille francs. Cela dépend de la beauté de la fille, de l'amour ou de la fortune du prétendant.