La réputation de Rusbrock arriva à Gérard le Grand. Gérard le Grand était un juste, et sa vie était dans sa religion. Le désir de voir Rusbrock s’étant allumé dans son âme, Gérard choisit un compagnon, et se prépara au voyage. Quand il arriva avec cet ami dans la Vallée-Verte, Rusbrock, le vieillard inspiré, Rusbrock, qui ne l’avait jamais vu, averti de sa visite, le salua par son nom, lui fit une réception honorable, et l’introduisit avec son compagnon dans la demeure des frères. Quelques jours s’étaient passés dans l’intimité ; Gérard dit à Rusbrock :

« Père, j’admire la sublimité de vos œuvres. Mais ne craignez-vous pas l’envie et la calomnie ?

— Maître Gérard, répondit Rusbrock, j’évite d’écrire, toutes les fois que je ne sens pas en moi le souffle du Saint-Esprit, et une présence singulière de la Trinité, plus que sainte. »

Les frères ont affirmé que Rusbrock, près de mourir, leur laissa pour testament et pour dernière parole cette solennelle affirmation, de n’avoir jamais écrit un mot en l’absence du Saint-Esprit. Gérard le Grand ne comprenait pas parfaitement l’immense portée de cette réponse, et son compagnon ne le comprenait pas du tout.

L’esprit de prophétie toucha Rusbrock : « Maître Gérard, dit-il, vous comprendrez bientôt mes paroles. Mais votre compagnon ne les comprendra pas, de ce côté-ci du tombeau. »

En effet, Gérard comprit : les œuvres et la personne de Rusbrock devinrent l’objet de son éternelle admiration. « C’est de lui, disait Gérard, que j’ai appris la vie : c’est de lui que j’ai reçu la prudence et le discernement des choses divines. »

Un jour, dans les entretiens de la Vallée-Verte, Gérard fut singulièrement frappé de la confiance parfaite de Rusbrock en Dieu. Cette confiance n’avait rien de téméraire. Mais l’amour, dans son transport, avait mis la peur à la porte. Gérard, qui peut-être voulait l’éprouver, lui cita sur les jugements de Dieu les passages les plus effrayants de l’Écriture.

Mais plus il appuyait dans le sens de la terreur, plus Rusbrock était transporté dans le sens de l’amour.

VIII

Quant à la façon dont Rusbrock écrivait, je ne veux pas omettre ce que nos pères nous ont appris. Voici quelles étaient ses habitudes.