Le sérieux de son visage, de son esprit, de son cœur, avait de tout temps inspiré une telle confiance autour d’elle, qu’on l’avait de bonne heure traitée en petite femme. On ne l’avait peut-être pas protégée assez, elle, contre les conversations révélatrices des grandes peines de la vie. Plus d’une jeune femme s’était, en ces dernières années, confiée à elle, comme à une autre femme, plus mûre même, plus sage, de vues plus profondes et plus tranquilles, en sorte que Pauline avait une certaine expérience des choses, des êtres, de la douleur. Quand Albert vint lui annoncer qu’il l’emmenait à Hyères avec lui, elle résista.

« A quoi bon, songeait-elle, me donner ce chagrin affreux d’être là ? A qui serai-je utile ? »

— Mais maman, dit Albert, tient beaucoup à ce que tu aies le plaisir de ce voyage.

Et comme elle résistait encore :

— Eh bien ! ma Pauline, s’écria-t-il, viens pour moi, pour que je ne sois pas seul, pour que j’aie auprès de moi quelqu’un à qui parler, à qui me confier.

Elle s’étonna : — Qu’y a-t-il donc ?

— Ah ! j’ai peur, Pauline, j’ai peur de ne pas savoir supporter assez vaillamment ma grande peine… Je peux bien confier cela à ton cœur maternel de petite femme. Écoute…

Et il lui fit le récit de son amour.

Quand il lui expliqua son dévouement : « Grand cœur ! » dit-elle simplement, en lui tendant la main. Puis, il lui conta ses espérances obstinées, ses rêves de tous les jours là-bas…

— Au fond, j’attendais toujours la nouvelle d’un obstacle survenu, je ne savais quoi ni comment. Et aujourd’hui… Ah ! c’est un peu dur, va !… Si tu savais, en route, — quarante-cinq jours de route ! — ça m’a gâté toute la joie du retour… C’est affreux, de se dire : J’aimerais mieux ne pas retourner, ne pas voir ma mère, ne pas voir ma sœur chérie, afin de ne pas assister au bonheur d’un autre… et de quel autre… de mon meilleur ami, de mon frère, de notre cher Paul !…