Il bégaya :

— Un tour de faveur ! un tour de faveur !

Et, ravi de son insolence, il s’en fut la conter à Berthe de Ruynet, dont le mari errait comme une âme en peine à travers le parc, où il achevait de fumer une boîte de cigares.

Tout en causant avec Albert, qui, maître enfin de lui, faisait bonne contenance et portait sa peine avec le courage simple et invisible que mettait sa sœur Pauline à subir la sienne, — le comte Paul, pendant ce temps, se sentait envahi par un étrange malaise moral, du caractère des pressentiments.

Il ne raisonnait rien. Il subissait une vague et invincible angoisse, et il songeait obstinément : « C’est singulier, quand je la regarde, je ne la reconnais plus… On dirait une autre !… »

— Tu as l’air préoccupé. Est-ce que tu souffres ? lui dit Albert. Je te défends bien, par exemple, de n’être pas heureux ce soir !

— Je suis fatigué. Voilà tout, dit Paul. Allons dehors respirer un moment.

Ils sortirent et Paul ne tarda pas à se remettre de son trouble. Le bon air frais le rendit à lui-même. Tu vois bien ! lui dit Albert, — c’était subjectif !

La nuit était somptueuse. Sur les velours du ciel, qui étaient les profondeurs de l’éther, — les diamants qui étaient des mondes, scintillaient bleus, verts, blancs et or. Le reflet de la lune sur les vastes eaux de la mer, s’ouvrait comme une avenue de mystère, comme le chemin de l’amour et de la mort.

Les deux hommes causaient, renouvelaient en eux, par l’échange des pensées les plus intimes, leurs raisons de s’aimer. Et Paul était loin de se douter des souffrances de son ami. Ni l’amitié, ni l’amour ne peuvent faire que deux êtres aient tout à fait les mêmes joies, les mêmes peines.