En bas, la musique du bal résonnait, cadencée et diffuse. Elle montait en sonorités vibrantes dans le vide du grand escalier. Elle montait aussi, par la fenêtre ouverte, à travers les branches des eucalyptus et des palmiers, violemment éclairés d’en dessous, et détachés, en dentelle claire, sur le noir du ciel.
— Allons, vite, dit-elle, que me voulez-vous ? Finissons-en. Je n’ai pas deux heures devant moi, comme vous pensez bien !
Elle ajouta :
— Tenez, regardez, j’ai un prétexte : le bas de ma robe est déchiré. J’ai dit à ce niais de Lérin que c’est lui. Ce n’est pas lui. C’est moi qui ai fait ça exprès.
Léon la regardait maintenant, oublieux de ce qu’il était venu lui dire, ahuri de sa volubilité, de sa présence d’esprit, de son audace. Depuis un moment, il se sentait de plus en plus inquiet. Quelle figure ferait-il si on venait à les surprendre ?
Elle vit sa pensée :
— Que vous êtes donc simple !… Voyons, c’est tout naturel. Vous êtes monté voir les cadeaux — qui sont là pour ça. Moi, je suis montée pour arranger ma robe. Je vous rencontre. Nous causons. Rien n’est plus naturel. Ou bien encore : Vous êtes un ami d’enfance. Eh bien ! j’avais à vous parler. Parlons, mais vite ! J’attends.
La parole était brève ; chaque consonne frappait sa voyelle comme un petit marteau, d’un coup sec. La voix crépitait.
Il tourmentait ses gants, les déchirait.
— Oh ! Marie ! fit-il enfin, Marie ! c’est un affreux supplice. Je meurs de regret, de désir, d’amour. Je deviens fou. Je ne savais pas vous aimer à ce point ! L’épreuve est faite. Je vois que je ne peux pas supporter la vue du bonheur d’un autre… Eh bien ! il en est temps encore… Soyez à moi… mais à moi seul.