La passion l’enflamma. La présence, l’émotion de celle qu’il désirait, cette toilette de mariage qui la promettait à « l’autre », la poussée des sons rythmés de l’orchestre qui activait le battement de son sang dans ses artères, le rêve qui sortait des parfums du bal, — fleurs et femmes, — et jusqu’à cette fenêtre ouverte qui montrait les feuillages enflammés dans le noir, qui laissait entrevoir sur la mer voisine un chemin de liberté ou de mort, tout agissait, à l’insu du jeune homme, sur son être entier, l’emportait, le soulevait…

— Là ! je m’y attendais ! fit-elle avec amertume. Tiens ! tu m’amuses !… Mais il y a dix ans que j’entends de ces beaux discours, mon cher ! et que j’y ai résisté. Ça n’est pas pour me noyer tout juste en arrivant au port.

Elle souriait méchamment.

— Ils sont vraiment trop drôles, tous les mêmes, plumage et ramage pareils : « Je vous aime ! je vous aime ! » L’un le chante avec une voix de fausset, l’autre avec une voix de basse, mais ça signifie toujours la même chose, c’est-à-dire : « Mademoiselle, je désire briser votre vie, vous perdre, plus sûrement que la pire des haines. » Le voilà, votre amour ! C’est du joli !… Dites donc, mon petit Léon, c’est tout ce que vous aviez à m’apprendre ?

— Si c’est tout ce que vous aviez à me répondre, vous auriez pu vous dispenser de me rejoindre ici, murmura-t-il, les dents serrées. Voyons, pourquoi sommes-nous là, vous et moi, en ce moment ?

Elle tenait le bas de sa robe blanche et le déchirait un peu plus, avec beaucoup de soin, en tirait des fils, qu’elle soufflait de sa bouche ronde. Deux doigts en l’air, un fil entre les doigts, elle répondit :

— En voilà une question ! Pourquoi je suis ici avec vous ? Eh bien ! mais, parce que j’ai voulu — je suis franche, hein ? — vous retourner un peu le regret dans le cœur ; parce que, sans doute, vous ne remettrez plus le pied dans ma maison, où c’est déjà trop d’être venu ce soir…

Elle le regarda d’un œil qui se fit moins dur, où, sous un trouble montant, il vit une sorte de tendre appel, et elle poursuivit, en détachant bien chaque mot, en articulant, selon les principes de Théramène et des autres :

— … parce qu’il m’a plu de vous dire un éternel adieu… parce que, en un mot…

Elle s’arrêta une seconde et acheva :