— Je vous ai aimé !…

Il tressaillit, et fit un mouvement vers elle. Elle se recula un peu et, sur le même ton, reprit :

— Parce que je n’aime pas encore mon mari, et qu’il m’a paru piquant de parler d’amour… aujourd’hui, — avec le seul homme qui m’en ait inspiré… jadis.

Elle lui échappait en le frôlant de tout son être. Elle glissait entre ses doigts de manière à l’obliger de forcer l’étreinte.

— Vous êtes terrible, dit-il.

— Non, je me défends, dit-elle… Voyons, mon cher, vous que j’ai toujours préféré à tous, dans mon cœur, — si vous aviez pu, hein ? si j’avais voulu, hein ? si j’avais été assez sotte pour entendre les choses que vous vouliez absolument me conter, un certain soir de promenade au Bois, pendant que nos mères marchaient en avant ? non ! ce que vous m’auriez lâché, comme toutes vos autres ! Soyez sincère. Est-ce que vous seriez là, maintenant ? Vous m’aimez encore, puisque ça s’appelle comme ça, parce que je vous ai aimé, moi, tout autrement ; parce que j’ai voulu autre chose, parce que je vous ai tenu, comme ils disent dans la marine, à longueur de gaffe !…

Et comme il avait la mine déconfite :

— Plaignez-vous donc !

Elle se mit à rire.

— Tu sais bien que tu ne donnerais pas ta place, en ce moment, pour rien au monde ! Tu es bien trop fier de ce rendez-vous d’amour, avant la lettre, avec une personne comme ta vieille amie !