De dire cela, elle éprouva une vraie gaîté. N’était-ce pas, en effet, très plaisant, tout à fait comme dans les comédies ? Elle était son propre public et s’amusait beaucoup. Non ! était-ce assez réussi !
— Que de choses, dit Paul, il nous conterait, ce meuble, s’il pouvait parler !
Elle sentit un coup léger la frapper au fond du cœur, comme un avertissement de prendre garde. Qu’il portât son attention de ce côté, ce soir-là, vraiment elle n’avait pu le prévoir. Ce fut pourtant ce qui arriva. On eût dit qu’une divination le guidait. Toute cette histoire, d’ailleurs, vous avait une couleur de roman délicieuse.
Elle voulut maintenant éloigner le péril possible au moyen d’une promesse, et elle ajouta :
— Je vous livrerai tout cela un jour.
Sur cette promesse, qui, malgré elle, répondait trop bien aux paroles de Paul, il lui sembla que le jeu devenait plus intéressant. Après tout, on y pouvait perdre… Mais non ; c’était seulement drôle, très tentant, et pas bien dangereux au fond.
— Vous avez eu cette pensée, de vous donner à moi tout entière, dans le passé aussi bien que dans l’avenir ?… Ah ! chère enfant !
Il n’attachait plus beaucoup d’importance à ses propres paroles, parce qu’un trouble l’avait repris. Il avait entouré de ses bras sa jeune femme. Il l’avait renversée sur sa poitrine. Elle songea que Léon tout à l’heure, juste à la même place, la tenait ainsi ; à présent, c’était Paul qui l’étreignait. Eh bien ! décidément, elle aimait mieux l’autre ; car celui-ci… c’était le maître.
Un sourire mystérieux écrivit au coin des lèvres de la jeune fille quelque chose de ses arrière-pensées. Il le vit, et songea que toutes les femmes, sans exception, sont des énigmes, redoutables à elles-mêmes.
Elle lui devait pourtant une réponse, et elle se taisait. Il insista, sans trop y songer :