— Tu m’ouvriras toute ton âme ? Tu es donc bien mienne, toute mienne ?
— Oui, oui ! dit-elle vivement, d’une voix sèche.
Au contraire de lui, elle savait très bien de quoi elle parlait. Maîtresse d’elle-même, elle ne lui répondait pas dans le ton de sa langueur. Même en ceci, elle sentait quelque péril.
Il ne voyait pas venir le trouble qu’il attendait pour l’emporter passionnément. Alors il voulut gagner du temps, attendre encore, pour l’amener à quelque réponse qui permettrait un élan. Et par pur badinage :
— Si je voulais, dit-il, que ce fût tout de suite, il faudrait bien me les montrer, vos trésors, vos souvenirs de petite fille ? Songez-vous que je suis le maître, le maître absolu maintenant ?
Cette insistance, décidément, ne lui parut pas naturelle. Vrai, elle eut peur, et un frisson la remua. Tous deux en furent charmés. Il la serra plus fort contre lui. Toutefois elle voulut changer le sujet de la conversation.
— Vous avez, dit-elle, une voix pénétrante, un timbre si doux, si enveloppant !… J’adore votre voix !
— Ah ! dit-il. Eh bien ! donc, que peut-on refuser à une voix qu’on adore ?
Et d’un ton de commandement enjoué, comme s’il eût voulu amuser une toute petite fille :
— Ouvrez ce secrétaire, Madame, je vous l’ordonne !