Réellement, elle le crut frappé d’une attaque de folie :

— Paul, Paul, mon Dieu ! Paul ! qu’avez-vous ? Répondez-moi, Paul, qu’y a-t-il ?

Il chancelait, mais cette fois comme un homme blessé, touché à mort.

Il parla, et ses paroles, comme sa voix, sonnèrent la folie.

— J’ai cru, dit-il, j’ai cru que vous veniez de rire. Non, n’est-ce pas ? Je me suis trompé ? Il faut que je me sois trompé.

Il espérait vraiment être fou, s’être imaginé entendre ce rire… C’était une hallucination ? un souvenir de ce que lui avait dit sa mère ? cela lui revenait dans la folie ?

Mais non, c’était bien elle qui avait ri, de ce rire qui longtemps avait fait horreur à sa mère. « C’est vrai, songeait-il effaré, c’est un rire faux, sans âme, un rire qui révèle toute une nature. J’avais eu ce soir un pressentiment. Je suis en face d’un être double. Il y a ici une erreur sur la personne… J’en aimais une autre, pas celle-ci ! »

Ce rire, en un tel moment, au moment où la pudeur des vraies vierges frissonne, muette, — ce rire d’audace, d’insolence, de science du mal, — lui demeurait inexplicable.

Il se sentait en présence de l’ennemi. Toutes ses volontés de croire furent anéanties en lui. Son esprit de doute, de soupçon, qu’il terrassait tous les jours, se déchaîna. Pourquoi avait-elle ri ?

Qu’elle fût perfide, il venait d’en avoir la révélation foudroyante, mais il cherchait où était la perfidie dont elle s’égayait en ce moment.