Elle continuait à le regarder et à ne pas comprendre.
Tout avait disparu pour elle, excepté l’égoïste pensée : « Quel moment terrible à passer seule, avec un homme en délire ! »
— Paul, Paul ! revenez à vous, je vous en prie. C’est moi, Paul, c’est moi qui ai ri… Vous plaisantiez… Alors j’ai ri… Non, non, pas ces yeux-là, je vous en conjure ! pas ce regard fixe… Regardez-moi comme tout à l’heure, bien doucement…
De nouveau, il passa la main sur son front. Pourquoi, pourquoi avait-elle ri ?
Quelque chose de mystérieux s’était accompli en lui. Il avait eu comme une révélation occulte. Il crut même, plus tard, que la vision qu’il eut à ce moment de la réalité affreuse, fut une sorte de miracle en sa faveur.
Et rentré en lui-même, maître de lui et d’elle, d’une voix mordante, impérative sans rémission :
— Ah ! c’est vous qui avez ri ? dit-il, comme il eût conclu dans une affaire importante, mais très ordinaire. — Eh bien ! alors, ouvrez-moi ceci.
Il frappa, du plat de sa main, sur le petit secrétaire, qui fut ébranlé tout entier dans ses vieilles boiseries, dans ses vieux tiroirs secrets.
Elle comprit qu’elle était perdue, à moins d’un miracle.
Elle fit appel à toutes ses énergies de défense : « Du sang-froid ! » songeait-elle, avec la fugitive satisfaction de jouer un rôle de bravoure dans une si terrible scène.