Que faire ? Il attendait, l’œil fixé sur elle.

« Ah, je suis sauvée ! » pensa-t-elle tout à coup. Elle venait d’imaginer un expédient.

Elle fit semblant de chercher, au fond de sa poche, la clef, et de ne pas la trouver. Elle la trouvait fort bien ; elle la tâtait, afin de la laisser au fond de cette poche d’où elle retira ostensiblement sa bourse en mailles d’argent. Cette bourse, elle l’ouvrit alors, comme pour y prendre la clef, puis, l’ayant refermée d’un mouvement brusque, comme si elle eût changé d’idée, elle la lança par la fenêtre ouverte.

Il y fut trompé. Machinalement, en haussant les épaules, il sortit.

Ce n’était vraiment pas difficile à retrouver, une bourse de métal, luisante au milieu du gravier, sous cette fenêtre au clair de la lune…

Dès qu’il fut sorti, elle prit la clef dans sa poche. Mais qu’allait-elle faire des lettres ? Comment les détruirait-elle ? Elle n’aurait pas le temps. Bah ! elle les ferait disparaître, n’importe comment. L’essentiel était de les ôter de là.

A peine avait-elle ouvert le meuble, que Paul rentra. Il n’avait pas descendu trois marches, qu’il s’était ravisé :

« Sot que je suis ! C’était une ruse de guerre, comme en ont toutes ces femmes-là ! »

Et en rentrant, il dit :

— Après ce trait-là, tout est bien fini : vous êtes jugée. Je vous vois clairement, tout entière. L’idée que vous avez eue là, vous classe. Je n’ai pas besoin d’autre document, comme on dit aujourd’hui ; je connais la catégorie de créatures à laquelle vous appartenez. J’en ai beaucoup vu. Je les plains beaucoup… Elles ne savent pas où est le bonheur.