Et comprenant que, malgré tout, cette lutte serait, par moments, difficile, il se donna à lui-même sa parole d’honneur de rester libre de cette femme ; de résister à tout désir de pardon, à toute suggestion d’indulgence, même devant les apparences du repentir ; il alla jusqu’à admettre d’avance qu’il serait injuste, au cours de la vie quotidienne, plutôt que de se laisser vaincre. Il arma pour toujours de parti-pris sa dure volonté.

Il se déshabilla, passa sous la douche, mit un costume d’intérieur, et, une cigarette d’Orient entre les doigts, il se dirigea vers la chambre de sa femme. D’un mouvement instinctif, il s’apprêtait à jeter sa cigarette. Il la garda. Il fumait, à l’ordinaire, devant elle. Eh bien ! il fumerait dans sa chambre, comme il le faisait en sa présence au salon. C’était une contenance, et dédaigneuse.

— Entrez ! dit-elle au coup léger qu’il avait frappé.

Elle était au lit, parmi les dentelles.

— Vous avez bien dormi, j’espère ?

Elle ne répondit point.

— Moi, pas, reprit-il. J’étais nerveux. J’ai dû réfléchir, régler en esprit beaucoup de choses.

Et, voulant trancher dans le vif :

— Pour commencer, — la question d’argent… Voici le premier semestre…

Il déposa sur la cheminée un petit portefeuille.