— Vous trouverez là quelques billets… vos appointements.

Sur ce mot elle tressaillit, intérieurement, et n’en laissa rien paraître.

Elle était déroutée par l’attitude de cet homme. Que devait-elle faire ? Elle aussi croyait avoir rêvé. Mais non, tout était bien vrai. L’impossible lui était arrivé. Le hasard, le destin, du premier coup l’avait livrée, et désarmée. Maintenant, elle appartenait en esclave à cet homme qui entrait chez elle, méprisant, la cigarette aux doigts, dans sa chambre à coucher… De ses droits de mari, il n’acceptait que ce droit outrageant d’être là ; et, seul entre tous les hommes qu’elle connaissait, il n’implorait plus rien d’elle, ni regard, ni sourire, — mais il exigeait, il imposait l’obéissance.

Avoir été ainsi vaincue du premier coup, — c’était bien surprenant et c’était bien dur. Incertaine du parti à prendre, elle s’abandonnait à l’étonnement, attendait qu’une circonstance lui indiquât la voie à choisir.

Il fumait, réfléchissant, assis près de la fenêtre ; il ne la regardait pas ; il suivait de l’œil la fumée légère ou regardait, à travers les vitres claires, les oiseaux qui voletaient, piailleurs, dans les platanes, les hirondelles qui passaient, de temps à autre, en flèches… et la mer bleue, là-bas, tachetée d’écumes blanches.

Un abîme séparait ces deux êtres jeunes qui avaient cru se rapprocher, jusqu’à mêler, pour toujours, leurs vies.

L’idée vint à Rita que peut-être ?… Car enfin…

Elle s’accouda, laissant à dessein glisser un bout d’épaule hors des dentelles, et prononça lentement :

— Je n’ai rien dit encore depuis cet affreux moment où vous avez voulu voir ces lettres… qui n’appartenaient qu’à moi.

Il releva la tête. Une réplique violente et amère lui vint aux lèvres. Il s’ordonna à lui-même de se taire, d’écouter.