Il était redevenu froid.
Elle sentit se desserrer sur ses bras, les doigts qui l’étreignaient.
— Ah ! fit-il d’un ton glacial.
Le nom de sa mère, invoqué dans un tel moment, avait produit un effet tout contraire à celui qu’elle attendait. Il se rappela les pressentiments de la comtesse. Il regarda instinctivement le petit meuble recéleur des lettres maudites. Il revit cette femme qui était là, sa femme, lançant par la fenêtre, pour le tromper, cette bourse vide… Ah ! oui, il se souvenait, à présent. Il croyait assister encore à cet acte de mensonge qui la lui avait révélée à fond. Et il tressaillit, comme si cette révélation lui était faite dans l’instant même.
— Ces lettres, dit-il alors, donnez-les-moi.
— Je les ai brûlées.
— Allons, dit-il, c’est complet. Et je conclus : Comme ma mère, — c’est entendu, — doit ignorer mon malheur, et qu’il serait difficile de simuler l’accord entre nous assez parfaitement pour la tromper chaque jour à toute minute, nous partirons ce soir pour Nice. C’est un caprice de ma femme, — votre premier caprice, — auquel j’obéis. J’ai même, à Nice, quelque affaire. Vous comprenez. De Nice, nous partirons pour Paris. Cela nous donnera un peu de temps pour préparer la suite de notre misérable existence à deux. Encore un mot : j’avais congédié, pour cette nuit, notre vieille femme de chambre. Vous allez l’appeler. Je veux qu’elle nous voie ici, en ce moment, réunis, et, tout à l’heure, déjeunant ensemble. Ma mère et ma sœur viennent de partir ce matin pour Toulon où elles ont quelques emplettes à faire. Elles rentreront vers quatre heures. Nous partirons à six. Habillez-vous. Et, après le déjeuner, nous irons, avec la charrette anglaise, seuls tous deux, à Hyères. Il faut se donner du mouvement, chercher la distraction, ne pas rester face à face avec notre misère, — et nous montrer le moins possible, aujourd’hui, aux braves serviteurs de ma maison.
Ce programme fut exécuté.
V
Maintenant, ils étaient à Paris. Paul n’avait eu aucune peine à faire accepter par sa mère son brusque départ. La bonne dame, en mariant son fils, avait consommé un grand sacrifice. Elle n’était pas femme à se démentir en détail, à reprendre à l’étrangère des bribes de son bonheur.