Le comte Paul, que son isolement aux Bormettes rendait facile aux émotions devant la femme, fut attiré par celle-ci avant Albert. Il la lui désigna. Elle avait les attitudes qu’exigeait son costume. Elle enthousiasmait tout l’élément provincial ; — l’autre aussi du reste.
Les deux amis s’exaltèrent.
— Quel est ce monsieur ? avait-elle interrogé dès l’instant où elle s’était aperçue qu’elle avait éveillé l’attention du comte Paul.
— C’est le comte d’Aiguebelle, un des plus riches propriétaires du Var… Il adore sa mère.
— Vous énoncez cela comme si c’était une profession !
— C’est que… c’est à peu près ça. Son père est mort il y a sept ans.
— Est-elle ici, la mère ?
— Oh, non. La comtesse n’est pas une moderne. Loin de là ! Ni une cosmopolite. Elle n’admet certainement pas, pour elle du moins, les invitations comme celle de nos hôtes inconnus. D’ailleurs, elle ne se déplace pas aisément. Elle ressemble à ces meubles antiques, qui ne paraissent à leur avantage que dans les vieilles demeures pour lesquelles ils furent créés. A vrai dire, elle n’a pas tort. On est un peu camelote, aujourd’hui. Saint Antoine est le grand ébéniste, et les âmes ressemblent aux meubles…
L’idée de comparer les d’Aiguebelle à de vieux meubles réjouit fort Mademoiselle Déperrier ; elle avait eu déjà cette idée.
L’homme avec qui elle causait était un vieil ami de la marquise de Jousseran, un vieux médecin qui avait eu autrefois dans sa clientèle les plus jolies femmes de Paris. Malade et sans fortune, il était venu exercer à Hyères. A demi retraité, il y soignait les autres en se soignant lui-même.