L’homme voulait de l’argent. Sa lettre était une ruse. Il l’avoua. Il savait le comte très riche et il venait lui exposer ses besoins.

— Il faut que les riches finissent par comprendre que les pauvres ont des droits… Qu’est-ce que vous allez me donner, hein ? conclut-il.

Albert se leva, indigné, furieux :

— Ce qu’on va vous donner ! dit-il.

Et, visiblement décidé à user de sa force, il s’avançait, menaçant. L’autre souriait comme sûr de lui.

Paul courut à Albert, le prit par le bras.

— Je suis chez moi, mon brave Albert, lui dit-il avec calme, quoiqu’il fût très ému ; je suis chez moi, où je me conduis à ma guise. Fais-moi le plaisir de passer à côté, pour un instant.

Albert hésita, mais, connaissant Paul, ne crut pas devoir insister.

En sortant, il jeta encore un regard de colère sur le bizarre visiteur, qui conservait une attitude d’arrogance provocante.

L’homme regardait d’un air narquois la porte refermée. Paul vit très bien que sa main, dans la poche de son pardessus râpé, — palpait quelque chose. C’était un de ces êtres qui hésitent encore au bord du crime — et qu’un geste, un mot, peuvent déchaîner.