Dès qu’Albert eut disparu, Paul, montrant une chaise à l’homme, s’assit lui-même dans son fauteuil de travail et dit :

— Nous voilà seuls. Vous pouvez maintenant parler sans crainte. Que voulez-vous ?

L’homme, évidemment, croyait que les deux amis avaient eu peur. Il se montra plus hardi, plus insolent :

— Il me faut de l’argent ! dit-il, d’un air brutal.

— Comme je ne vous en dois pas, ne pourriez-vous être poli ? répliqua le comte avec beaucoup de douceur.

Le ton de cette réponse parut surprendre l’individu. Il se mit à considérer son chapeau, qui était très sale, un peu troué.

— Tenez, dit-il, je vais m’expliquer, Monsieur le comte.

Paul sourit : il ne tenait pas autrement à son titre. Ses domestiques avaient ordre de dire Monsieur, tout court… Lorsqu’en parlant de lui on disait : « Le comte Paul », cela ne lui déplaisait point, parce qu’on le désignait ainsi familièrement dans son pays.

Alors le mendiant se mit à conter une histoire de crève-la-faim, lamentable. Sa femme et son enfant se mouraient. La misère avait appelé la maladie. Il avait passé la nuit entre deux agonies. Pendant qu’il disait sa douleur, il oublia un instant d’en être irrité ; il en souffrait, simplement. Paul le vit et fut ému.

— Je vous crois, dit-il. Voici un peu d’argent. Je regrette de ne pouvoir faire davantage.