L’homme eut un imperceptible tressaillement.
— La loi, poursuivit Paul, les traite comme elle peut. La société n’a pas une conscience unique, capable de s’attendrir. Son administration fonctionne comme telle, au nom de la masse qu’elle représente, et qui demande à être protégée. La société est nécessairement impitoyable. Elle fait de la justice à la mécanique… Mais moi, chez moi, je fais de la justice comme je l’entends… Eh bien, j’aime les coupables, entendez-vous ?… et vous, vous en êtes un déjà, au moins d’intention ! Je les aime, parce qu’il n’y a pas de plus grand malheur que leur malheur : ils ont rompu, par le fait de leur faute, le lien qui les rattachait aux autres hommes. Leurs pareils même les abandonnent, de peur d’être compromis. Ils sont seuls dans leur faute ou dans leur crime, dans leur trouble ou dans leur remords, seuls dans leur désespoir caché. Et cela, cela c’est horrible !… Oh ! oui, sûrement, — ajouta Paul, comme s’il se parlait à lui-même, — quand il a un reste de conscience, le criminel est le plus misérable de tous les misérables !…
Paul vint avec bonté appuyer sa main sur l’épaule du malheureux, — qui avait écouté immobile, stupéfait, la tête basse.
— Est-ce vrai ? interrogea-t-il.
A ce moment, un coup léger fut frappé à la porte, qui s’entre-bâilla aussitôt. Albert parut :
— Est-ce fini ? dit-il.
— Je crois que oui, lui répondit Paul ; et je crois que tu peux entrer.
Puis se tournant vers l’homme :
— N’est-ce pas ? dit-il encore.
Albert entra et s’assit, curieux.