Madame de Barjols la montra doucement du doigt à la comtesse d’Aiguebelle en disant à voix basse :

— Ne vous inquiétez pas de ces absences, comme vous le faites quelquefois. Je parie qu’elle voit, en rêve, un joli berceau tout blanc…

Annette et Pauline avaient cessé de bavarder dans leur coin et regardaient avec attention, pour mieux l’écouter, Albert qui contait à Paul une belle histoire de mer.

Albert était en train de conclure :

— Ils me font rire avec leur pessimisme, tes Parisiens. Tiens, cet imbécile de Lérin…

— Mon fils ! reprocha doucement Madame de Barjols… Oh ! mon fils !

— Imbécile vous paraît dur, ma mère ? C’est que vous ne connaissez pas le personnage. Mais je retire le mot… Donc cet idiot de Lérin me disait, — tiens, c’était le soir de ton mariage, Paul, — en me regardant à sa manière, derrière sa vitre : — Vous ne trouvez pas que la vie est détestable, vous ? — Moi, pas du tout, cher monsieur. Voyons, lui dis-je, quatre heures de souffrance sur le pont d’un navire balayé par la mer, qu’est-ce que ça vous dirait, à vous ? — Ça ne me dirait rien du tout, fit-il. — Eh bien ! cher monsieur de Lérin, ça vous apprendrait peut-être que votre mauvais lit est excellent. Le bonheur n’existe pas, dites-vous ? Eh bien ! et le retour vers la vieille maman, après deux ans de campagne dans des pays mortels, — la terre de France, surgissant des brumes, — le cœur remué tout doucement, — les larmes qui montent aux yeux… l’amitié retrouvée ?… mais c’est le bonheur, ça ! Je le connais… j’en ai goûté hier !…

Madame de Barjols essuya une larme. La comtesse d’Aiguebelle, émue, se pencha vers elle pour l’embrasser.

Marie regardait le marin et, le trouvant éloquent, le faisait amiral tout de suite et ministre de la marine. — « Voilà un homme ! »

Pauline, sachant le secret de son cher frère, admirait sa force d’âme et se détournait de Paul.