Annette, bouche bée, pensait que, dans aucun livre, elle n’avait jamais rien lu de si beau que les paroles d’Albert.
Il y eut un long silence.
— Le bonheur est en nous, dit enfin Madame de Barjols lentement. Écoutez cette pensée, qui est d’une reine : « Le soleil n’a jamais vu le monde que plein de chaleur et de lumière. » Cela veut dire que le monde est et sera ce que nous le ferons ; que nous le jugeons d’après nos facultés de le concevoir et de le transformer, et que la jeunesse croira éternellement, parce qu’elle est force et santé, à l’espérance, à l’amour, à l’amitié, à toutes les belles et bonnes choses qu’elle renouvelle, pendant que les vieillards, impuissants, s’évertuent, — par dépit sans doute, — à la renier !
Elle était vraiment belle, la paralytique, — la tête droite sur les coussins, avec ses grands yeux cerclés de bistre, agrandis par la souffrance, et lumineux de pensée, — proclamant les vertus de la santé et la joie de vivre.
Albert la baisa au front.
Pauline regarda fièrement Annette.
Marie pensait qu’on s’amuse davantage au Palais-Royal et aux Variétés, réflexion juste, mais déplacée.
— En un mot, dit le comte, tu as expliqué à ce pauvre de Lérin que, pour être heureux, il faut savoir être malheureux.
— C’est cela, répliqua vivement Albert. Et il faut savoir être actif ; car le bonheur, c’est fait de sacrifice et de courage.
Rita, par habitude, sans y mettre aucune malice, pensait gentiment : « Continue, mon bonhomme, tu m’instruis ! »