— Ils sont vingt mille, mettons cent mille, poursuivit Albert, à oublier que des millions d’hommes, partout, acceptent fortement la vie, la douleur, le travail, la mort et l’amour. La vie est détestable, disent-ils ? Eh ! c’est la vôtre qui ne vaut rien ! Soyez contents de vous : vous serez contents du monde entier. Acceptez vaillamment votre part du sort commun ; mêlez-vous à l’effort universel, — et vous chanterez, morbleu ! comme mes gabiers au bout de la vergue !

— Ah ! bravo ! s’écria Annette, qui guettait toujours, sur les conseils de Pauline, l’occasion de se faire remarquer par Albert.

La douce et triste Pauline, qui passait son temps à lui dicter des interruptions, des mots pleins d’à-propos, ne put s’empêcher de rire, tant cette petite Annette avait mis, dans son cri prémédité, de conviction spontanée et profonde.

— Très bien ! très bien, Annette ! — lui souffla-t-elle à l’oreille ; vois-tu, je parlerai un jour à mon frère, mais avant tout, il faut qu’il fasse attention à toi. Je crois que ton « bravo ! » de ce soir aura produit de l’effet !…

Et au souvenir de la façon drôle dont ce bravo éclatant était parti, elle se mit à rire si fort, que sa gaîté gagna sa petite amie.

La jeunesse n’a besoin que d’un prétexte pour montrer de ces gaîtés-là. Pauline riait comme une folle et Annette, quand Pauline avait fini, commençait à son tour, sans pouvoir s’en empêcher.

— Qu’ont-elles donc à rire comme ça, ces petites folles ? demanda Madame de Barjols… Qu’avez-vous, les petites ?

— Voilà, dit Pauline bien haut, je donne des leçons de coquetterie à Annette.

— Et ça ne prend pas ? dit Albert. Eh bien ! tant mieux.

— Des leçons de coquetterie à Annette, vous ! dit Paul.