Marie leva la tête. La façon dont il avait dit ce vous l’impressionna. Il y avait tant d’estime profonde, tant d’admiration, dans ce vous !

— Comment t’y prends-tu ? interrogea Albert.

— Voici, répliqua Pauline. Je lui demandais tantôt, par exemple, pourquoi jamais on ne lui voit une pauvre petite fleur dans les cheveux. Elle vous a sa coiffure toute plate, toute tranquille, comme une sainte dans les images. Ça n’est pas ça du tout. Je ne dis pas de s’ébouriffer, mais une fleur…

— Fleur sur fleur, interrompit Albert.

— Oui, c’est toujours gentil, ça… Tiens, regarde, Albert, nous allons l’arranger un peu. Tu seras juge ; toi, — pas son frère. Il dirait toujours que c’est bien, lui… Allons, bon ! où donc sont mes roses, à présent ?

Marie, déjà, en avait pris une, de ces roses, dans la grande coupe où elles éclataient en gerbe, et, doucement penchée sur Annette, elle piquait délicatement la fleur dans les cheveux, lisses et calmes en effet, de la douce petite. Puis, elle éparpilla quelques cheveux sur son front, en nuage ; — et, lui prenant le menton d’un air connaisseur et lui relevant la tête pour la montrer à Albert, elle dit :

— Mais voyez donc, monsieur Albert, si elle n’est pas à croquer ?

Une sorte de colère sourde et douloureuse avait tordu le cœur de Paul. Il adorait sa petite sœur. Il avait vu avec plaisir la relative froideur de Marie pour elle, depuis son arrivée à Paris. Et tout à coup, cette fille fausse, cette femme perverse, touchait de sa main, pour une leçon de coquetterie, le visage de la chère sœur qu’il aimait comme un père jaloux et fier de son enfant.

Porter ainsi la main sur ce visage pur, troubler l’arrangement paisible de ces cheveux-là, toucher à cette enfant candide, c’était toucher à son âme à lui : « Oh ! songeait-il, avec rage, — je n’entends pas ça ! » Et sans réfléchir aux conséquences de son action, croyant sa souffrance suffisamment bien dissimulée par le ton froid de sa parole, il dit :

— Laissez Annette en paix, Marie. Cette enfant n’est qu’à sa mère, la seule qui doive encore diriger ses goûts et donner un avis sur ses parures… Garde ton enfance, ma sœur chérie, le plus longtemps possible. Il n’y a rien de plus joli à voir, rien de meilleur, de plus beau, rien, entends-tu ! Et bienheureuses les petites filles qui te ressemblent !