I

Le lendemain matin, Albert de Barjols et la jeune comtesse d’Aiguebelle chevauchaient côte à côte, dans les allées du Bois. Elle affecta d’être triste et silencieuse. Il fut embarrassé et muet. Au retour, en la quittant chez elle, dans la cour de son hôtel, il surmonta enfin tout embarras et lui dit :

— J’ai cru surprendre hier soir, — vous vous en doutez, n’est-ce pas ? — qu’il y a entre vous et lui quelque chose. Paul est un frère d’élection pour moi. Je dois pouvoir vous être utile, servir son bonheur et le vôtre. Si vous le croyez, disposez de moi.

Elle avait mis pied à terre. Un valet emmenait son cheval. Elle tenait à poignée la longue traîne de son amazone. Sous le noir de son chapeau coquet, ses cheveux blonds éclataient comme du soleil. Elle le regarda de son œil bleu doux, profondément triste :

— Venez me voir aujourd’hui, vers six heures. Je vous dirai tout.

Elle avait médité beaucoup sur la scène de la veille. Elle s’était dit que l’amitié d’Albert pour Paul avait dû s’alarmer, qu’il interrogerait son ami, que Paul lui raconterait tout. Il fallait qu’elle prît les devants…

Elle se proposait de ne cacher aucun des faits principaux, mais, en leur prêtant d’autres causes, d’en changer la signification.

Elle se poserait en victime, non pas absolument innocente, mais si légèrement, si légèrement coupable !… Aux regards amoureux d’Albert, Paul semblerait un bourreau, un brutal exalté… Et l’on verrait plus tard.

Elle attendait déjà, vers cinq heures, lorsque l’abbé Tardieu se fit annoncer.

Il avait reçu la visite de la mère de Paul. Elle l’avait supplié d’aller voir sa belle-fille et son fils, de les confesser affectueusement, de faire intervenir sa douce autorité de vieil ami.