— C’est une charmante personne, et la bonté même, dit le docteur.

— Ils sont tous bons, vos personnages ! fit-elle avec l’ironie d’un critique qui juge une pièce de théâtre… Et puis, ajouta-t-elle, comme Monsieur d’Aiguebelle a une sœur de son côté, voilà deux familles mathématiquement équilibrées ! Deux mères, deux fils, deux filles ! Ils vont danser un quadrille !… Aimez-vous la symétrie en art, docteur ? Moi pas. C’est pourquoi j’adore les Japonais… La symétrie, comme disait l’autre, n’est supportable qu’en architecture !

Elle montrait assez souvent ce genre d’esprit critique, qui examine et juge les choses de la vie comme des créations artificielles. Elle avait beaucoup lu, et trop couru les théâtres. Toutes ses sensations lui en rappelaient d’autres que lui avait fait éprouver un livre — ou un acteur.

— Oui, poursuivait paisiblement le vieux médecin, on est très bon dans ces deux familles… symétriques ! On y est chrétien, au sens profond du mot. Ceux qui ont cessé de l’être religieusement, comme le comte Paul — qui est, en secret, un pur matérialiste, raisonnant, scientifique, transcendant, — sont demeurés des chrétiens philosophiques… Son ami Albert est dans ce goût-là ; seulement, lui, c’est un positiviste. L’autre a gardé du mystique.

— C’est très intéressant, docteur.

— Vous vous moquez, mademoiselle !… C’est vrai, j’entre là dans des détails.

— Croyez-vous donc que je n’aie pas compris ?

— Je ne dis pas cela… Pour vous donner une idée de la bonté du comte Paul, j’ajouterai que, sur le conseil de sa mère, il a étudié la médecine, uniquement pour pouvoir soigner les pauvres gratis, ici et ailleurs. Pour elle, c’est de la charité ; pour lui, c’est de l’altruisme.

— Il est docteur ?

— Tout à fait.