Il voulait cacher son émotion personnelle, et se préoccuper de son ami, de Paul, plus encore que d’elle. Il parlait d’un ton dégagé :

— Le malheureux ! Les gens de Paris sont fous, ma parole d’honneur !… Il suffit, je le vois, d’arriver dans la ville des névroses, pour prendre le mal ambiant. Casuistes, analystes, pessimistes ! que le diable les emporte tous ! J’aurais cru mon Paul à l’abri…

Il se tut, et reprit avec rondeur :

— Eh bien ! mais, c’est facile à arranger, au fond, cet affreux malentendu… Lui avez-vous bien tout expliqué… comme à moi ?

— Il ne me laisse jamais parler longtemps, soupira-t-elle.

— Mais c’est donc un forcené ! Comment ! Lui ! Ce cœur exquis ! Mon Paul ! Je vous dis qu’il est fou ! fou à lier ! Monsieur voulait apparemment qu’on eût attendu sa rencontre pour avoir un cœur et des yeux !… Comme si vous pouviez prévoir Monsieur Paul, — avant de le connaître ! Mais soyez tranquille, je lui parlerai… je lui parlerai, — et ferme !

Elle était redevenue maîtresse d’elle-même, — un peu rosée par l’émotion de tout à l’heure, mais tout à fait tranquille et parfaitement jolie.

— Toute réflexion faite, dit-elle, attendez un peu de temps. Attendez qu’il vous parle ; il vous parlera certainement.

— Pourquoi attendre ?

— Je ne sais pas. Je crains de l’irriter. Voyons, promettez-moi ; je vous le demande.