— Assurément, je me tairai, — tant qu’il vous plaira.

— Bon, c’est convenu… Et merci.

Elle lui donna sa main à baiser. Il sortit, plein de pensées.

Elle voulait qu’avant d’avoir avec le comte Paul une explication qui pouvait lui ramener son mari, — le comte Albert de Barjols eût le temps de s’attacher plus fortement à elle. Elle voulait se garder un amant, — qui sait ? un second mari peut-être.

II

Le lendemain, le bon abbé était venu parler au comte Paul.

— C’est vous, mon cher abbé ! Je suis heureux de vous voir. Qu’est-ce qui vous amène ? Encore une bonne œuvre ?

— Une bonne œuvre assurément et qui vous concerne, mon cher ami.

Et l’abbé conta les inquiétudes de la mère et la visite qu’il avait faite à la jeune comtesse.

— Voyons, mon cher enfant, mon cher Paul, pourquoi cette sévérité, cette dureté, envers une pauvre femme qui est devenue vôtre, dont vous répondez, dont vous pouvez faire le bonheur ou le malheur à tout jamais, dans ce monde et dans l’autre ? Je l’ai interrogée ; j’ai regardé dans cette âme. Elle a beaucoup de bon. Le bon l’emporte. Elle ne demande qu’à bien faire, à vous complaire, à vous aimer, à être aimée. Elle a parlé selon mes vœux, — mieux que je n’espérais même. Je n’ai vu aucune apparence, aucun signe de malignité, ni même de légèreté. Voyons, que lui reprochez-vous, pour vous montrer inexorable ? Ouvrez-moi tout votre cœur, cher enfant… C’est votre mère qui m’envoie.