L’abbé alla vers Paul, prit les deux mains du jeune homme, le ramena vers le canapé, le fit asseoir près de lui.

— Voyons, voyons, mon cher enfant, ne nous exaltons pas. Je conviens que tout cela est effrayant, que le mal est profond, mais Dieu, songez-y, est plus fort que tout. Elle m’a parlé de Dieu. Nous triompherons par Lui, avec Lui.

Paul dégagea ses mains et haussa les épaules.

— Pardonnez-moi, mon digne ami. Mais c’est justement là le point, — et tout l’obstacle. Dieu, voyez-vous, — je vous l’ai dit tout à l’heure, et je ne sais pourquoi vous n’y avez pas prêté attention, — Dieu, — naturellement, elle n’y croit pas… On a beaucoup ri de Dieu, l’abbé, depuis Voltaire. Peut-être, — pardonnez-moi, — vos pareils y ont-ils aidé quelque peu, avec des pratiques puériles. Quoi qu’il en soit, c’est un sujet de raillerie facile aujourd’hui et toujours à la mode. Et quand vous arrivez, vous autres, les bons prêtres, avec vos robes noires, — on repousse les vérités morales dont vous êtes les seuls dépositaires, à cause de l’absurdité de tel ou tel article de foi raillé par les beaux esprits… Vous ne pouvez avoir sur elle aucune influence, croyez-moi.

Et il ajouta sentencieusement :

— Le prêtre ne peut plus rien pour ce monde, à moins d’un miracle.

— Un miracle est toujours possible à Dieu ! cria l’abbé.

— Mais non pas aux prêtres, l’abbé ; et le miracle de l’Église serait de se transformer de telle sorte que, fidèle immuablement à ses origines, c’est-à-dire à la pensée de son Christ, elle renonçât à toutes les formes que l’esprit moderne répudie… Tenez, ma mère elle-même, l’abbé, si pieuse qu’elle vous semble, — elle n’accepte pas tous les dogmes, et elle se croit sauvée ! Au fond, c’est une hérétique, la sainte femme.

— Et à quoi, bon Dieu ! ne croit-elle pas ? dit le prêtre, effaré.

— Aux peines éternelles, par exemple.