Elle s’assit, d’un air docile.

— Savez-vous, dit-il, comment je comprends l’amitié, depuis surtout que je n’ai plus l’amour ? J’ai mes raisons pour vous l’expliquer… L’amitié c’est la partie divine de l’amour. La passion qu’on a pour une femme est peu de chose si elle n’est que le désir. Quand la tendresse vient s’y mêler, passion et tendresse, à elles deux, font le grand amour, le vrai, qui est rare. L’affection que l’on a pour un homme, jointe à l’estime, cela fait l’amitié, qui peut devenir aussi une passion, une passion noble, comme l’amour filial ou maternel… Comprenez-vous ce langage-là, — qui n’est certainement pas le vôtre ?

Elle voyait très bien où il voulait en venir et se réjouissait d’avoir pris ses précautions, d’avoir prévu et prévenu les confidences qu’il pourrait faire à son « cher ami ».

Rageusement orgueilleuse, elle songea :

« Tu verras ce que j’en ferai, de ton amitié, s’il me plaît d’inspirer l’amour ! »

Il reprit :

— L’ami qui a été pour moi comme un frère dès l’enfance, Albert de Barjols…

— Vous n’en avez pas d’autre ! fit-elle comme pour l’accuser de ne pas savoir se faire aimer.

— Parce qu’il n’existe pas deux hommes comme lui parmi ceux que je connais, répliqua Paul… Or donc cet homme-là, ce frère, vient ici presque tous les jours depuis quelque temps…

Elle devint attentive.