Il acheva avec une ironie poignante :

— C’est un héros… Un héros, cela séduit… les héroïnes ! Eh bien !… n’y touchez pas ! — Est-ce compris ?

Et d’une voix sourde :

— Je ne veux pas qu’il ait à souffrir jamais ce que j’ai, moi, souffert par vous… Croyez bien que je n’ai pas d’autre raison, pour vous interdire… celui-là !

Elle songeait : « Je finirai bien par avoir mon tour ! » Et elle dit tranquillement, avec une douceur hypocrite :

— Paul, vous avez tort, croyez-moi, de prendre ce ton injurieux, chaque fois que vous daignez m’adresser la parole… Si vous me croyez un être déchu, comptez-vous me relever ainsi ? Vous parlez souvent de bonté, de pitié… Ah ! les belles choses en théorie ! L’application, paraît-il, est difficile. Enfin, j’espère tout du temps, pour vous ramener à des sentiments plus calmes, à plus de justice envers moi.

Il pensa qu’elle avait raison en lui reprochant l’ironie. Il la lacérait à chaque mot, d’ordinaire. Comme il l’avait dit à l’abbé, c’est sa passion de désir qui le rendait méchant pour elle, lui, si bon naturellement. Et afin de la lui cacher, cette passion toujours grondante :

— Je crois qu’en effet j’ai tort, dit-il. Je tâcherai de mieux faire. Je vous plains sincèrement. C’est mal à moi de vous torturer. Cela n’est pas nécessaire et cela peut être nuisible. J’espère qu’à l’avenir vous me trouverez plus calme.

Déroutée, elle crut qu’il était près de lui revenir. Ce brusque retour de Paul à la douceur la trompa. Elle se leva, courut à lui, et d’un ton noble, assez fier, avec une nuance de féminine et douce soumission, — bien droite devant lui, son œil bleu sincère sur ses yeux sombres, elle dit :

— Je vous jure, Paul, qu’à présent je vous aime, comme je vous respecte.