Il maintint son regard sur le sien et, gardant un ton paisible, poli, qui contrastait avec le tranchant d’acier des paroles :

— Je vous jure, dit-il, — que je n’en sais rien.

Quand il fut sorti : « Je crois bien que je ne l’aurai jamais, celui-là ! songea-t-elle. Eh bien ! en ce cas, tant pis pour lui : il y perdra son ami… »

Et, tout haut, elle ajouta ces quatre mots, d’allure triviale, qui substituaient l’idée d’affaire à toute idée de passion : « Autant l’un que l’autre ! » Puis en elle-même : « Je crois que j’aime mieux l’autre… Mais quels types que tous ces gens-là ! »

Ainsi, Paul se croyait gardé d’un côté, par la probité de son ami ; d’un autre côté, par l’avertissement qu’il avait donné à Marie. Et cela, pensait-il, lui permettrait d’attendre une occasion, une minute d’entraînement pour tout dire à Albert, l’appeler même au secours, lui demander des consolations.

Grâce à ces dispositions d’esprit, Albert et Marie purent se voir sans contrainte. Elle observait en cet homme les progrès de la passion. Elle le savait à elle. Un jour qu’il ouvrit devant elle son portefeuille, une fleur séchée, une rose, s’en échappa.

— Un souvenir d’amour ? interrogea-t-elle…

— Non ! dit-il, avec une vivacité extrême.

Elle sourit, joyeuse.

— Un souvenir de votre notaire, alors ? fit-elle en riant… Oh ! oh ! vous êtes discret.