Ainsi coulèrent plusieurs semaines. Et au bout de deux mois, comme Paul songeait à ouvrir son cœur à Albert, Pauline se décida à parler à Paul pour s’en faire un allié en faveur d’Annette. C’était chez les de Barjols, dans un instant où elle le trouva seul au salon. Elle raconta les sentiments de sa petite amie, supplia Paul de parler à Albert, et termina par ces mots :

— Ne faisons pas encore une malheureuse.

Paul leva les yeux sur elle, et il allait demander : « A quelle autre malheureuse faites-vous allusion ?… » quand elle se troubla, rougit, puis, furieuse d’avoir rougi, sentit des larmes lui monter aux yeux, et enfin, effrayée de se trahir ainsi, perdit contenance…

Ce fut assez. — Paul avait compris !

— Ma chère Pauline, dit-il, comptez sur moi pour essayer de faire le bonheur d’Annette et celui d’Albert. Il y a en effet assez de malheureux par le monde.

Ils se serrèrent la main, comme deux hommes.

IV

Paul résolut de parler à Albert dès le lendemain. Il profiterait de l’occasion pour vider son cœur de l’affreuse confidence. Il lui montrerait enfin son propre malheur pour lui faire mieux comprendre le bonheur d’épouser une Annette, une Pauline.

Mais Pauline devança Paul.

Ce qui la décida à parler, c’est qu’elle avait réfléchi aux perpétuelles absences de son frère, aux distractions, aux impatiences, parfois brutales, qu’il avait depuis quelque temps avec les domestiques… Elle le sentait en péril.