— Eh bien ! fit-il avec impatience. Dis vite, ma chère Pauline. Paul m’attend.

C’est justement parce que Paul l’attendait qu’elle voulait parler à son frère, le préparer…

Elle lui dit, d’un seul coup :

— Je t’apporte le bonheur, Albert, si tu en veux, si tu sais le reconnaître. Écoute. La sœur de Paul, Annette…

Il était si loin de s’attendre à ce qu’elle allait lui dire, qu’il questionna, curieux :

— Eh bien ?

— Elle t’aime si bien, si gentiment, si tendrement ! C’est une douce, une dévouée. Le bonheur, la tendresse attentive que je n’ai pu donner, moi, à celui que j’aimais, — elle te les donnerait, les mêmes ; quelque chose de sûr, d’immuable… Il ne faut pas repousser cette petite main-là, ce petit cœur qui bat si fort pour toi, entends-tu ?…

Elle songea à Marie. Elle eut peur, et se hâta d’ajouter :

— Avant de me répondre, — il faut réfléchir avec tout ton grand esprit de justice, d’indulgence, de bonté ; — ne te laisser égarer par rien ; peser tout ; et tu me répondras… plus tard, demain, un jour… Nous attendrons… je serai si heureuse, moi, de voir, autour de moi, ma petite amie et mon frère heureux du même bonheur que je n’ai pas pu faire pour moi !…

Il écoutait, debout, l’œil très ouvert, le doigt immobilisé sur la chaînette de sa montre, étonné de ce qu’il entendait et de l’impossibilité où il se sentait de débrouiller le sens de son étonnement.