— Sois mon confesseur… et sois mon amant !

Il se releva, en la poussant d’un mouvement si brusque qu’elle faillit tomber à la renverse ; et tandis qu’elle restait à genoux devant le fauteuil vide que venait de quitter Paul, lui, derrière elle, lui parlait :

— Ah ! grondait-il, je savais bien ! Il y a toujours en elle, toujours, dans toutes ses paroles comme dans son rire, quelque chose qui sonne faux. — et qui me rappelle à moi-même… Il n’y a jamais qu’à attendre… Mais je suis sur mes gardes et je vous reconnais toujours à temps. Je revois toujours votre vrai visage !

Dans l’ombre où elle souffrait, allongée comme une morte, la pauvre mère revit, grimaçante, entourée d’une lueur pâle, dans la nuit, la tête de Marie, telle qu’elle la voyait si souvent en songe !

— Qu’ai-je dit ? répliqua la jeune femme, qu’ai-je fait, qui mérite cela ?

— Rien, en vérité ! répondit Paul d’une voix ironique. Et voilà le plus terrible ! C’est que vous ne démêlez pas ce qui est pervers en vous. Pourtant vos réelles émotions vous servent elles-mêmes dans votre œuvre de perfidie… Ne cherchez pas davantage à éviter ma question. C’est inutile avec moi, ces fuites-là, vous le savez… Revenons à notre sujet. Pourquoi avez-vous dit à Albert le secret de notre mariage ?

Marie Déperrier se releva :

— Pour qu’il me pardonne, et, m’ayant pardonnée, pour qu’il vous éclaire et qu’il me rende votre cœur. Et il s’y est employé en broyant le sien !… O Paul, Paul, faites comme lui ! et surtout ne m’accusez pas de l’avoir encouragé ! Il m’a aimée avant vous, je le sais, je l’ai deviné ; il ne me l’aurait jamais dit ; mais vous savez, vous, qu’il est incapable de vous trahir… et moi, moi, je ne l’ai jamais encouragé.

— C’est l’encourager, dit Paul sèchement, que de vous montrer à lui tout autre que vous n’êtes. C’est l’encourager que d’imiter devant lui la résignation des victimes innocentes et même sublimes !

Elle fit dévier le coup :