— Pardi ! fit la jeune femme insolente et triomphante dans la malice éternelle du Sexe. Pardi ! vous suez l’amour, mon cher ! Votre amour pour moi ? mais il est en vous, hors de vous ! partout autour de vous… Et c’est tant pis pour vous, croyez-moi, car après cette petite conversation, vous pensez bien que c’est fini de ma part, les soumissions et les bêtises… Sachez donc, Monsieur, toute la vérité une fois pour toutes. Je n’ai plus aucune raison pour vous la cacher. Voici ce que vous désirez tant savoir : Un autre que vous, oui, m’aime vraiment. Il y a même trois ans de cela. Et je l’aime aussi. Et c’est de votre ami que je parle… Je me suis trompée en vous épousant.

Elle se mit à rire, de son rire à elle.

— Il m’aime, celui-là, poursuivit-elle, et elle insista avec une insolence sans nom :

— Il m’aime, celui-là, puisqu’on peut le tromper !

Le comte Paul se demandait maintenant comment il la tuerait…

— Il sait aimer, celui-là, poursuivait-elle sur le même ton de persiflage à le rendre fou… il sait aimer, puisqu’il sait pardonner aveuglément. Celui-là me juge, et il me veut. Eh bien ! je l’aurai.

Sa voix redevint ferme, rapide, saccadée.

— Il sait tout, et il soutient mon courage. Il sait tout, et il vous condamne. Il sait tout et, — je le sens, j’en suis sûre…

Elle haussa la voix avec autorité :

— … Si je fais un signe, il y aura un éclat… Le divorce est là pour me sauver de vous, et cet homme qui m’aime, — oui, votre ami, — ne sera pas mon amant, entendez-vous : il sera mon mari !