— C’est mon affaire.
— Vous êtes bohémien ?
— Un peu…
— C’est un horoscope, alors ?
— Peut-être… de ceux qui ne se trompent guère, parce qu’ils font naître et dirigent la destinée qu’ils annoncent…
— Oh ! oh !
Elle s’amusait étrangement. — Des propos semblables, elle n’avait jamais entendu que cela. Quelque chose en elle, — pour qui savait voir, en se dégageant des troubles qu’elle inspirait, — provoquait ce genre d’impertinences, les sollicitait même. Seulement, à l’ordinaire, c’étaient des journalistes, des peintres ou des gommeux parisiens qui les murmuraient à son oreille, — enfin des gens comme on en voit tous les jours, des êtres sans mystère, sans prestige… des compatriotes… Oh ! les steppes, la Russie, les troïkas, Pouchkine, et Lermontoff, l’auteur tourmenté de Un héros du siècle, le Musset, le don Juan du Caucase !…
— Eh bien, prince ?
Chaque fois qu’elle disait : prince, elle éprouvait une émotion ; ça la flattait.
— Eh bien, si je ne me trompe (ne m’interrompez pas, de grâce) si je ne me trompe, vous avez choisi ce soir, ici-même, un fiancé… Chut ! silence !